mercredi 26 décembre 2007

Les méthodes de fabrication des parfums

Les matières premières

Dans leurs compositions, les parfumeurs utilisent, dans un jeu subtil, une large palette de matières premières naturelles et synthétiques. L'utilisation des matières naturelles nécessite des quantités colossales de végétaux, occasionne des coûts de fabrication importants et des contraintes d'approvisionnement liées aux conditions climatiques et aux fluctuations du marché. De nos jours, leur emploi est limité au profit des matières de synthèse généralement moins coûteuses et qui offrent une plus large diversité de senteurs. Certains affirment que les produits de synthèse permettent de mieux conserver les matières naturelles auxquelles ils sont additionnés dans les formules. Leur présence éviterait la dégradation des produits naturels. Toutefois, cette théorie reste controversée par les professionnels de la parfumerie.

Et s'il est vrai que les matières premières naturelles et synthétiques se complètent harmonieusement, les effluves de la nature restent néanmoins inégalés. Les parfumeurs les utilisent dans de faibles proportions pour ne pas pulvériser les coûts. Cependant, même employés à faible concentration, les produits naturels apportent aux fragrances de merveilleuses tonalités puissantes et nuancées.

Procédés d'extraction

De la cueillette des fleurs et des plantes au moment où l'on pulvérise sur sa peau les précieuses fragrances, différentes étapes doivent se succéder. Les matières premières naturelles subissent un certain nombre de transformations pour être utilisées dans l'élaboration d'un parfum. En isolant les molécules odorantes, différents procédés d'extraction permettent de capturer l'âme des végétaux. L'objectif consiste à obtenir une « essence », par hydrodistillation ou expression, et une « absolue », par extraction ou enfleurage.

L'enfleurage

Utilisé dès l'Antiquité, l'enfleurage est aujourd'hui délaissé car il nécessite un temps de travail et une main-d'oeuvre considérables. Il permet pourtant de capturer les odeurs des fleurs en respectant très rigoureusement leurs parfums, mais il n'offre par un rendement suffisant. Ce procédé d'extraction très coûteux ne se pratique plus que pour quelques fleurs supportant mal l'action de la chaleur et qui conservent leur parfum après leur cueillette, comme le jasmin, la tubéreuse, la violette, la rose, la jonquille et la fleur d'oranger. Néanmoins, cette méthode artisanale revêt un intérêt historique. Elle symbolise une époque où le temps et la main-d'oeuvre avaient une autre valeur.

Lors de l'enfleurage à froid, les pétales de fleurs sont étalés sur des châssis vitrés enduits de graisses inodores qui absorbent l'arôme des fleurs jusqu'à saturation. Régulièrement, les fleurs sont renouvelées de manière à obtenir 1 kilo de matière grasse saturée par près de 3 kilos de fleurs. L'opération peut durer un mois. La « pommade » obtenue, chargée d'odeur, est alors placée dans une batteuse avec de l'alcool. Cet alcool entraîne le parfum débarrassé des graisses et l'on obtient, après filtrage, de l'absolue.

Pour l'enfleurage à chaud, les pétales de fleurs sont plongés dans des bains d'huiles végétales ou de graisse animale chauffées au bain-marie dans de grandes marmites. Après macération, on change de pétales. Et l'on renouvelle plusieurs fois l'opération. La graisse est ensuite filtrée comme pour l'enfleurage à froid. Avec l'alcool parfumé obtenu, on obtient de l'absolue pure de pommade.

La distillation

La distillation est l'une des plus anciennes techniques d'extraction. Elle consiste à séparer les éléments constituants d'un solide ou d'un liquide grâce à la chaleur et à les recueillir à l'état gazeux. Aujourd'hui,l'hydrodistillation reste la méthode la plus utilisée. Les matières premières naturelles sont placées dans un alambic avec de l'eau portée à ébullition. La vapeur produite transporte les matières odorantes au niveau du col de cygne de l'alambic, puis dans un serpentin où, une fois refroidie, cette vapeur, alors transformée en eau parfumée, s'écoule dans un essencier, ou vase florentin, destiné aux huiles essentielles. L'eau se sépare facilement de l'huile essentielle par simple différence de densité.

L'évolution de cette technique permet de procéder à une distillation fractionnée. Cette opération, très sélective, isole les corps chimiques principaux de l'ensemble des constituants de l'essence. Elle présente l'avantage d'augmenter l'odeur, la puissance, la finesse et la solubilité. Cette technique d'affinement de l'huile essentielle s'effectue par déterpénation, c'est-à-dire par séparation des terpènes des huiles essentielles et par rectification, technique qui consiste à sélectionner des fractions intéressantes de l'huile essentielle.

L'expression

Cette technique d'extraction est réservée aux agrumes pour en extraire leurs essences. Orange, citron, bergamote ou mandarine, ces hespéridés livrent ainsi leurs huiles essentielles contenues dans le zeste, cette partie superficielle de l'écorce. Il suffit de compresser les fruits à froid pour obtenir un mélange d'huile essentielle et de jus, ensuite séparés par centrifugation. Autrefois, il fallait frotter le fruit à la main dans un bol en bois garni de picots pour recueillir le jus à l'aide d'une éponge exprimée dans un récipient. Puis le jus était filtré.

L'extraction par solvants volatils

La technique d'extraction aux solvants volatils a été mise au point par le parfumeur Louis Roure, comme alternative à l'enfleurage à chaud, peu après la découverte, dans les années 1870, de l'alcool absolu. Ce procédé permet de séparer les huiles essentielles des cires ou résidus contenus dans les solutions alcooliques propres, grâce à l'utilisation de solvants, comme l'hexane, l'éther de pétrole ou le benzène. Ces solvants, très volatils, s'éliminent facilement par évaporation. Placées dans un extracteur, les matières végétales subissent plusieurs lavages au solvant. Elles sont ensuite acheminées dans un décanteur puis un concentreur avant leur distillation complète. On récupère les molécules odorantes, les cires et les pigments. Le solvant est, quant à lui, récupéré puis réutilisé.

L'extraction au CO2 supercritique

Découverts au XIXe siècle, les fluides supercritiques sont utilisés dans l'industrie dans les années 1960. L'extraction au C02 supercritique a d'abord été utilisée notamment dans l'élaboration de la bière et dans l'extraction du café avant de s'appliquer en parfumerie. Cette technique d'extraction à froid a remplacé le solvant par du gaz carbonique (le CO2) mis sous pression, à température supérieure à 31 °C et dans un état dit supercritique, c'est-à-dire un état intermédiaire entre le gaz et le liquide. Cette méthode récente permet d'extraire des parties lipidiques des végétaux des absolues. L'extraction au C02 supercritique s'adapte parfaitement aux plantes fragiles en raison de la faible température mise en oeuvre. Les extraits obtenus, dépourvus de solvants résiduels, sont très proches des produits naturels d'origine.

La structure d'un parfum

Lors de l'application d'un parfum, les senteurs perçues immédiatement paraissent évoluer dans le temps. En réalité, les constituants d'une fragrance présentent une telle différence de volatilité que l'odorat ne peut tous les percevoir au même moment. C'est pourquoi trois groupes se distinguent : les notes de tête, de coeur et de fond. Indissociables et complémentaires, ces notes représentent le degré d'évaporation du parfum et constituent la pyramide olfactive. Pour qu'un parfum soit équilibré, les parfumeurs doivent trouver un équilibre harmonieux entre ces trois notes.

Les notes de têtes

ce sont les substances les plus volatiles perceptibles immédiatement après l'application du parfum. Elles se composent souvent de notes fraîches, aux senteurs d'agrumes ou d'aromates, tels que le citron, l'orange, la lavande, le laurier, le thym ou le romarin...

Les notes de coeur

elles succèdent aux notes de tête et précèdent les notes de fond. Elles se développent au fil des heures et leur sillage dure plusieurs heures. Les notes de coeur représentent l'odeur caractéristique du parfum et dévoilent des senteurs florales, fruitées et/ou épicées, aux parfums de jasmin, de rose, d'iris, de tubéreuse, de géranium, de jacinthe...

Les notes de fond

les plus lentes à s'évaporer, les notes de fond ont pour but de faire durer le parfum plusieurs jours. Elles se composent de notes boisées et/ou animales, telles que la fève de tonka, le musc, le patchouli, la sauge, le benjoin...

La concentration

Dans la composition des parfums, le taux de concentré utilisé, c'est-à-dire les matières premières sortant des cuves de préparation et conformes à la formule établie par le parfumeur, est déterminant. Additionné à de l'alcool de degré variable, ce concentré est utilisé dans des proportions plus ou moins importantes, selon le résultat souhaité extrait de parfum, eau de parfum, eau de toilette... La ténacité du parfum, de même que son prix de vente, croît en fonction de l'importance du taux de concentré utilisé.

L'extrait de parfum renferme le taux le plus important de concentré, entre 15 et 30 %, voire jusqu'à 40 % pour le célèbre Joyde Jean Patou. Cette composition est mise en solution dans un alcool à 96°. L'extrait de parfum demeure le plus tenace, le plus puissant, mais aussi le plus coûteux des produits alcooliques.


L'eau de parfum contient entre 12 et 15 % de concentré odorant et le reste en alcool à 90°.
L'eau de toilette comprend 8 à 12 % de concentré et de l'alcool à 85°
L'eau fraîche renferme une concentration maxi­male qui n'excède guère les 5 % pour un degré d'alcool fixé à 70°.
L'eau de Cologne présente une concentration d'essences oscillant entre 2 et 5 % et un degré d'alcool pouvant varier entre 6o et 9o°.